Retraite des mères de famille : Les compensations remises en cause.

mercredi 30 septembre 2009
par  jp.bonnet
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Retraite des mères de famille : Les compensations remises en cause.

Le ministre DARCOS a indiqué récemment sa volonté de remettre en cause les bonifications accordées aux mères de famille en matière de retraite dans le projet de budget 2010 de la sécurité sociale qui sera discuté à la rentrée.
Il est vrai que la HALDE, suivi d’un arrêt de la Cour de Cassation ont fait droit récemment à des pères de famille au nom du principe d’égalité, en leur accordant la même disposition.

Mis en place en 1970, la MDA (Majoration de Durée d’Assurance) visait à compenser les inégalités de fait entre les hommes et les femmes pour le calcul de leur retraite ; 8 trimestres de retraite par enfant élevé pour les femmes salariées du privé.

Le CNAFAL regrette que ce débat de fond et complexe soit lancé immédiatement « à la va vite », déconnecté du débat qui doit avoir lieu sur les retraites en 2010 et 2011.

De même si l’on considère la question de fond qui est posée par ce débat là, à savoir la question de l’égalité homme/femme, il faut aller au bout du constat et la réaliser enfin vraiment.

Le CNAFAL note en effet que depuis 40 ans, on a très peu avancé sur cette question quelque soit les gouvernements : à l’heure actuelle, selon le COR (Comité d’Orientation des Retraites) le montant moyen des retraites des femmes se situait en 2004 à 1 020€ pour 1 636€ pour les hommes, soit un écart moyen de 40% ! C’est énorme.

Plusieurs éléments sont en cause ; tous secteurs confondus, le salaire moyen des femmes est encore aujourd’hui de 20% inférieur à celui des hommes ; ce sont les femmes qui sont le plus exposées au chômage 8,3% contre 7,3% pour les hommes ; 8 emplois précaires sur 10 sont occupés par les femmes ; les femmes sont plus diplômées que les hommes et moins souvent en emploi à la sortie des études ; elles sont plus souvent recrutées à temps partiel que les hommes et en CDD ; 30% des femmes contre seulement 5% des hommes. Ce sont elles encore qui subissent le plus les horaires décalés, fractionnés et atypiques. Elles encore qui dans le privé, n’ont accès aux postes de direction qu’à hauteur de 17% ; ce sont elles qui subissent « le déclassement » comme vient de le montrer le récent rapport GREZY, tout comme il est constaté une féminisation rampante de la pauvreté.

Pour toutes ces raisons, le CNAFAL s’insurge contre toute modification du dispositif dégagée de son contexte global et exige une remise à plat de la condition salariale des femmes avec sanction éventuelle des employeurs.

C’est la condition préalable à toute modification de ce dispositif qui n’est qu’une compensation à un désavantage flagrant.

La France s’enorgueillit à juste titre d’une natalité à peu près correcte et est championne de l’Europe sans doute grâce à une meilleure conciliation entre vie familiale et vie professionnelle même si elle reste à parfaire. La maternité provoque des interruptions de carrière. Il est juste qu’il y ait des compensations. Un pays jeune est toujours plus dynamique, plus ouvert, plus innovant ; il ne faut jamais oublier non plus que dans un système de retraite par répartition, ce sont les jeunes qui payent les retraites des aînés. Gardons nous de détruire de fragiles équilibres, qui dans le contexte actuel nous aident.

La MDA fait partie de la politique familiale. Nos voisins italiens, espagnols, allemands « se mordent les doigts » d’avoir fait l’impasse sur les politiques familiales et vont payer au prix fort leur « hiver » démographique.

Ne détruisons pas ce qui marche, essayons plutôt de l’améliorer.

Charles ADAM – Président du CDFAL du Rhône
Jean Marie BONNEMAYRE - Président du CNAFAL