Un rapport accablant sur le mal logement

mercredi 4 février 2015
par  jp.bonnet
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Un rapport accablant sur le mal logement !

Pour la présentation de son 20ème rapport la Fondation Abbé Pierre entend remettre les personnes mal-logées au cœur du débat public, à l’heure où les échecs des politiques du logement révèlent un pays qui peine à se mobiliser pour les plus défavorisés.

Comme chaque année le rapport présente ses chiffres : 42 milliards de dépense soit 1.87% du PIB, 10 millions de personnes touchées de près ou de loin par la crise du logement, dont 3 millions de mal logés plus 5 millions de personnes fragilisées par la précarité énergétique et ne peuvent pas se chauffer, 1.8 million étaient en attente d’une réponse à leur demande de logement social au 1/7/14, 12 759 expulsions locatives avec recours à la force publique (6000 en 2000), 50 000 personnes pouvant prétendre au Dalo n’ont pas reçu de réponse alors qu’ils ont dépassé les délais réglementaires.

Ce nouveau rapport revient également sur vingt années de mal-logement et s’interroge sur les blocages qui empêchent de faire reculer la crise du logement. Avec son contrat social, la Fondation avait porté en 2012 des propositions ambitieuses issues d’un diagnostic partagé entre acteurs associatifs et experts du logement. Depuis lors, la crise du logement est toujours aussi criante et certaines des avancées sociales annoncées ont eu bien du mal à se concrétiser, quand elles n’ont pas été « détricotées » en chemin, alors qu’elles bénéficiaient d’un mandat clair et d’un réel soutien dans l’opinion. Pourquoi cette résistance ? Le manque de volonté politique et de financements publics n’est pas seul en cause.

Lors de cette restitution plusieurs éléments ont également été pointés :

- La méconnaissance des statistiques avec une incapacité totale à dénombrer les personnes vivant à la rue ou hébergées chez des tiers, dans des campings, dans des squats, ce flou permettant d’atténuer la gravité de la situation ;

- Une difficulté constante à évaluer les besoins en logement et à affiner la demande en fonction des territoires, mettant en exergue l’inadéquation entre besoins et demande.

Les débats ont porté sur les défiscalisations et le déséquilibre entre les sommes allouées au logement public et au logement privé ainsi que les orientations politiques qui sous-tendent ses différences. Le manque d’efficacité des mesures de défiscalisation et la nécessité d’encadrer les loyers et de réguler le marché ont été pointés de même que la nécessité de modérer le coût des logements par un soutien de l’aide à la pierre sans pour autant abandonner les aides à la personne qui servent d’amortisseur social. Il a été rappelé qu’un euro de dépense pour l’aide à la pierre rapporte 2.8 €.

Le rapport préconise d’unifier la gouvernance locale du logement et de l’urbanisme et la nécessité de nommer un chef de file sans pour autant laisser les autres partenaires se désengager.

Enfin face à la défaillance des dispositifs, il préconise d’associer les personnes à l’évaluation de leurs besoins et à la mise en place des politiques publique qui les concernent.

Lors de la présentation de ce rapport Madame Sylvia Pinel, ministre en charge du logement a présenté de nouvelles dispositions sur l’hébergement d’urgence, parmi ces mesures il est prévu la suppression des nuitées d’hôtel à raison d’un tiers tous les ans sur trois ans à partir de 2015.

Le CNAFAL, Paris le 4 février 2015