« Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire… » (Jean Jaurès)

mardi 13 janvier 2015
par  jp.bonnet
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Pour le CNAFAL, jamais cette apostrophe de Jean Jaurès n’a été autant d’actualité !

Ce sont les révolutionnaires de 1789 qui ont inventé la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen et l’idée d’une séparation du politique et du religieux. Libérer l’Etat de toute entreprise confessionnelle, libérer l’école de tous les dogmes et du poids des déterminismes religieux, afin d’en faire un outil d’émancipation des hommes et des femmes, tel était leur message retravaillé, depuis 2 siècles, par toutes les générations. Si la laïcité connait une telle force, une telle évidence, un tel enracinement, c’est qu’elle a connu, au cours des siècles, les bûchers de l’inquisition (XIIIème siècle), 5 guerres de religion, le supplice pour blasphème, du Chevalier de la Barre en plein siècle des Lumières. Voilà ce qu’il faut rappeler en termes de transmission dans tous les programmes scolaires pour redonner du sens à la laïcité, pour qu’elle ne soit pas dénaturée, accaparée, pervertie comme dans une auberge espagnole, où chacun prendrait ce qui l’arrange…

La laïcité exige une analyse critique permanente et scrupuleuse des faits, des événements, qui président aux choix individuels et collectifs à la lumière de la raison, passé l’immense émotion que nous venons de vivre. La laïcité c’est la recherche permanente d’une autonomie de la pensée à l’égard de tout modèle structuré par des dogmes. C’est pourquoi, elle exige la liberté totale d’expression.

Tout comme aucun parti, aucun clan, aucune famille, aucune église, aucune ethnie ne peut confisquer, à son profit, la souveraineté. A la Révolution, la France s’est définie comme une nation élective qui s’oppose à la tribu ethnique, communauté de sang et de race. Il n’y a pas des juifs de France, des musulmans de France, il y des français de confession israélite, musulmane, catholique, protestante, mais aussi agnostiques, athées libres penseurs aujourd’hui, sans doute majoritaires… grâce aux acquis de deux siècles. Il n’y a pas non plus de République ni de laïcité sans égalité des droits sociaux et politiques. La République se doit s’être sociale ! Voilà ce que l’on a oublié depuis une vingtaine d’années. Enfin, la République veut être universelle ; voilà le message porté par la France dès 1789 : « étranger, si tu es d’accord avec la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, entre ; ici tu es chez toi ! ». Universalité, parce que dans les rapports de force qui traversent le monde et qui nous « éclaboussent », le droit des peuples à disposer librement d’eux-mêmes, est régulièrement bafoué ; universalité, car chaque peuple a droit à la paix, à une paix juste et durable. De ce point de vue, l’impuissance des Nations Unies à imposer la paix sur la base de ses propres résolutions à la Palestine et à Israël, déstabilise l’ensemble du bassin méditerranéen. L’interventionnisme occidental dans un certain nombre de pays que l’on a ramené à l’âge de pierre (osons le dire) a été barbare et nourrit en flash-back la barbarie. Enfin, la laïcité n’est pas la neutralité ; la neutralité est bien souvent le moyen de masquer et d’entériner des rapports de force cachés.

Jean-Marie Bonnemayre