Jean Jaurès - Une pensée en actes

mercredi 30 juillet 2014
par  jp.bonnet
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JEAN JAURES : UNE PENSEE EN ACTES

Au centième anniversaire de son assassinat, ils sont nombreux à vouloir s’accaparer la « Mémoire » de Jaurès comme si cette captation représentait pour les uns un brevet de positionnement à gauche et pour les autres un brevet d’humanisme.

Le fil conducteur de sa pensée et de sa trajectoire c’est comprendre la réalité, se confronter à elle pour la transformer. Ses racines paysannes dans le Tarn et ensuite ses études supérieures de philosophie sur « la réalité sensible » expliquent cette facilité à saisir les lignes de force du réel, sa capacité à s’indigner et à se battre pour l’amélioration de la condition humaine. Il a onze ans et demi lorsque la Commune se fait écraser dans le sang et il connaît le prix des révoltes ouvrières : il s’en souviendra en soutenant la grève des mineurs de Carmaux, les grévistes de Draveil, de Fourmies, mais aussi en soutenant les grèves aux quatre coins de France pendant vingt ans avec pour objectif : conforter la résistance ouvrière pour renforcer ses organisations et gagner des droits nouveaux ; être un témoin de la rude condition ouvrière et paysanne et c’est pour cela qu’il se fait journaliste ; être un médiateur politique car les gouvernements bourgeois sont prompts à faire donner la troupe… De 1871 à 1900, c’est une grave crise économique qui frappe la France avec son cortège de misère, de précarité avec en même temps une accélération de l’industrialisation.

Pour Jaurès, son mandat de député est une caisse de résonance pour les luttes ouvrières et les idées socialistes. Ce n’est pas une fin en soi et donc il prend tous les risques pour pousser dans le sens de l’émancipation humaine.

Il ne supporte pas la lâcheté et le renoncement des « bien pensants » même lorsqu’ils se prétendent progressistes. C’est un défenseur de la République sociale, et il tire ses ressources de la Révolution Française dont il écrit l’histoire car, en cette fin du XIXème siècle, il sait la République précaire. Il comprend très vite que, derrière l’affaire Dreyfus, c’est la République qui est menacée et que la République est toujours à consolider. Il se réfère à la Philosophie des Lumières et combat Barrès, chantre du nationalisme. Il mène la bataille des idées sans faiblesse. Ouvrir les yeux, faire appel à la raison, jeter le germe de l’esprit critique, enseigner tout court pour enseigner la République à tous : d’où le combat de l’école républicaine, la laïcité.

Lorsque, inlassablement, il cherche à unifier les différentes familles socialistes, c’est toujours parce qu’il se veut pédagogue de la vie politique et sociale et qu’il ne supporte pas, dans un contexte de scandales financiers et autres, les « démagogues viveurs, effrontés et césariens » qui enterrent et altèrent, par leur dévoiement et leurs actes, la République. C’est pourquoi il irrite car il agit toujours en homme libre, en ayant pour seule boussole le progrès humain dans toutes ses dimensions.

Pacifiste dans l’âme, il ne récuse pas la nécessité pour la République de se protéger mais, c’est au sens des soldats de l’an II, de la Nation en armes.

En juillet 1914, il pressent que ce sont les peuples qui vont être saignés mais, en même temps, il désigne à l’avance les responsables de ce futur carnage.

« Nous allons vous dénoncer » dit-il à Abel Ferry (sous-secrétaire d’Etat), « dussions-nous être fusillés… ». Quelques heures plus tard, il est assassiné.

Jean-Marie Bonnemayre – Président du CNAFAL

Jean-François CHALOT - Secrétaire Général du CNAFAL